Archives pour la catégorie Dans les livres

Bricolage à domicile

Mes p'tits docs Le bricolage - Couverture

Mes p’tits Docs est une collection des Éditions Milan à visée pédagogique pour les enfants de 3 à 6 ans. Ça va du pain aux princesses en passant par les Cro-Magnons. Ici, nous allons parler de bricolage, de celui qu’on fait à la maison.

Les enfants, cible oblige, sont très représentés au fil du livre. Filles comme garçons y jouent à bricoler ou prêtent main forte aux adultes. Cette fois-ci, je me suis fendue de statistiques précises : si on ne compte que les enfants participant d’une manière ou d’une autre, on obtient 13 garçons pour 12 filles. Je précise, si besoin est, que pour ce décompte je considère que les coiffures et habillage sont genrés classiquement, leurs attributs sexuels n’étant bien évidemment pas visibles. Ce sera fatalement la vision des jeunes lecteurs.

Mes p'tits docs Le bricolage - Établi pour enfants

Côté adulte, la parité n’est pas autant respectée. Si une lecture du livre m’avait donné l’impression qu’à 1 ou 2 près le compte était bon, ce n’est pas si parfait. En excluant volontairement les professionnels, et en ne prenant en considération que les personnes participant aux travaux (soit directement soit en achetant du matériel), on arrive en gros à du 60% d’hommes pour 40% de femmes sur 50 personnages.

Mes p'tits docs Le bricolage - Plomberie

Ça reste quand même très satisfaisant pour un thème où souvent les femmes disparaissent (ou, peut-être pire, sont moquées). D’autant qu’en matière de mise en scène et de répartition des tâches, le tout est franchement égalitaire avec un texte totalement neutre. De plus, lorsque les personnages se retrouvent en difficulté face à des travaux qui les dépassent, c’est un homme et une femme ensemble qui illustrent la page.

Mes p'tits docs Le bricolage - Problème électrique

Seul bémol : l’intégralité des professionnels représentés dans le livre (deux plombiers, quelques vendeurs spécialisés et un électricien) sont des hommes. Ce problème se retrouve dans le livre « Le chantier » de la même collection, ce qui fait que je n’en parlerai pas sur ce blog.

Mes p'tits docs Le bricolage - FormationQuant au·à la chat·te qui se promène sur certaines pages, le mystère reste entier quant à son genre.

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Premier dictionnaire : Le Robert Benjamin

Le Robert Benjamin - CouvertureEn quête d’un dictionnaire pour mon fils, je me suis penchée sur le Robert benjamin, à destination des 5-8 ans. Je n’ai bien évidemment pas lu les 8000 mots ni scruté les 1200 illustrations. Je l’ai juste feuilleté globalement, avant d’entreprendre quelques recherches plus ciblées.

De façon générale, les définitions, lorsque cela s’y prête, présentent systématiquement le féminin et le masculin de chaque mot au sein d’une phrase et ce même pour les mots épicènes : « Un cosmonaute, une cosmonaute, c’est une personne qui voyage dans l’espace, dans une fusée. » Un bon point pour éviter le sempiternel neutre masculin.

Les illustrations, aussi bien sur la couverture qu’à l’intérieur, m’ont semblé agréablement réparties entre genre, sans l’ombre d’une sexualisation des enfants et pas dans les stéréotypes. J’insisterai même sur un point important : quand les dessins sont à contre-genre, ce n’est pas une occasion pour faire de l’humour facile. C’est d’autant plus important qu’à cet âge-là, s’ils feuillettent l’ouvrage sans les parents, ce sont les images qui les marqueront le plus.

Le Robert Junior - Jade au foot, Théo à l'équitation
Une gardienne qui s’élance vers le ballon et un cavalier à l’arrêt. C’est d’ailleurs un grand mystère pour moi : alors que les jockeys sont majoritairement des hommes, pourquoi les chevaux sont associés quasi-exclusivement aux petites filles par le marketing genré ?

Les définitions ne sont pas en reste, entre papa qui fait la cuisine avant de s’occuper des enfants et papi qui passe l’aspirateur, pendant que maman travaille devant son ordinateur.

Le Robert Junior - Papa et papi à la pointe du ménage

Les exemples ne prennent pas non plus systématiquement à contre-courant les stéréotypes de genres (heureusement). Si « Juliette et Pauline font du judo » pour définir ce mot, ailleurs, c’est « Diégo [qui] a gagné la coupe de compétition de judo. »

Très agréable aussi, les exemples usent de prénoms d’origines très diverses (même si majoritairement français) et les illustrations montrent différentes couleurs de peau. Là encore, je n’ai pas fait de statistiques, ce n’est donc qu’une impression générale.Le Robert Benjamin - Léa et sa coupe

Bref, jusque là, j’étais très satisfaite de ma trouvaille. Toutefois, je tombe des nues en feuilletant du côté du mariage :

Le Robert Benjamin - Définition tronquée du mariage

Pourtant cette édition date d’après le décret d’application de la loi sur le mariage pour tous en France (sans parler de la Belgique)… Même son de cloche du côté des Juniors (8/11 ans), alors même qu’une entrée « Homosexuel » est présente dans celui-ci (ce qui n’est pas le cas de la version Benjamin).

Le Robert Junior - Définition tronquée du mariage, encore

C’est d’autant plus incompréhensible que la définition du Robert pour adulte est neutre depuis une dizaine d’années : « Union légitime de deux personnes dans les conditions prévues par la loi ». Est-ce dans le but de ne pas perturber les enfants entre 5 et 11 ans ?  Ou plutôt leurs parents ? Parce qu’à cet âge, mon expérience personnelle tend à montrer que les enfants répondent à des explications sur le sujet par « Ah, ok, et au goûter, je pourrais avoir des bonbons ? » plutôt que par « AAaaAAAAAaaah, mais qui suis-je, vais-je être obligé de me marier avec un individu portant le même appareil génital que moi ?!? »

Bonne nouvelle toutefois, après avoir pris contact avec eux, leur équipe rédactionnelle affirme que « ce sera corrigé dans la prochaine mise à jour ».

Dernier point qui m’a crispée, l’exemple choisi pour la définition de cuisse :

Le Robert Junior - Grosses cuisses

De toutes les phrases possibles pour éclaircir le sens de ce mot, il a fallu qu’ils choisissent de commenter la grosseur d’une gamine de moins de 8 ans. Sérieusement ?

Au final, l’impression d’ensemble (encore une fois, très pifométrique) est que les auteurs ont réfléchi à la question des représentations de genre (ou que c’est venu tout seul, soyons fous), ce qui est tout particulièrement appréciable dans un dictionnaire à destination des jeunes enfants. Il faut espérer que les mots de la famille de mariage soient effectivement revus sous un angle plus moderne pour la prochaine édition.

Des gros engins et des femmes

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Aaaah, le monde des travaux publics ! Dans l’imaginaire collectif, il est exclusivement masculin. J’ai dû fouiller avant de trouver un livre qui propose une vision plus variée pour mes enfants et j’ai été ravie de trouver mon bonheur chez les Éditions Usborne. Les femmes sont présentes dès la couverture et tout au long du livre. Pas une ou deux, histoire de se donner bonne conscience : sans être aller jusqu’à compter, j’avais clairement l’impression d’une saine parité. De plus, on les reconnaît comme femmes fort sobrement grâce aux coiffures, qui plus est compatibles avec le métier qu’elles exercent. Et ce qui ne gâche rien, bien au contraire : de multiples couleurs de peau sont présentes.

D’ailleurs, les gens de chez Usborne m’intriguent : on trouve chez eux du marketing genré des familles bien lourd (de la mode rose-paillettes pour les filles, de l’histoire de combattants pour les garçons, le tout très explicitement) mais aussi un paquet de livres comme celui-là. Schizophrénie éditoriale ou positionnement sur divers segments de marché ?

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